mercredi 12 août 2009

Potosí







Jour 1
Il parait que c'est la ville la plus haute du monde... On est à environ 4300 m d'altitude...
Il fait frais mais j'ai du chauffage dans ma chambre ! Ouais je ne me refuse rien, je sais. Je voulais faire le musée de la monnaie ce matin mais c'est fermé le lundi, dommage ! Du coup je flane dans la ville coloniale et visite des couvents, des monastères... D'ailleurs mon auberge est un ancien monastère : ça incite à la réflexion, j'aime ça.
Le soir ils organisent des séances de projections de films. Je suis allée voir le documentaire proposé EL MIÑERO DEL DIABLO - Le mineur du diable. C'est un documentaire allemand qui a gagné beaucoup de prix. Il raconte l'histoire vraie d'un mineur de 14 ans qui travaille tous les après-midi pour pouvoir nourrir sa famille (sa mère, son frère et sa soeur), son père étant mort quand il avait 2 ans. Parce qu'il travaille dans les mines il peut se payer de quoi aller à l'école pour lui mais aussi pour son frère et sa soeur. Ca fait 4 ans qu'il fait ce métier. Il risque sa vie tous les jours, mais c'est son devoir de chef de famille et c'est ainsi qu'il assure son avenir...
Après ça je n'avais pas du tout envie de diner, je suis allée me coucher.

Jour 2
Réveil matinal pour aller visiter les mines d'argent de Cerro Rico. Les mêmes mines que celles du film d´hier soir. Le bus vient nous chercher à l'hotel, on s'arrête une première fois pour se changer (surpantalons, veste, casque, lampe et batterie, bottes de caoutchouc) puis on s'arrête une seconde fois sur la route afin d'acheter de quoi faire notre virée. Il nous faut : de la Coca (à chiquer mais surtout à offrir aux mineurs) des boissons gazeuses, des gants, de la dynamite, des détonateurs, de l'alcool potable à 96º (aussi appelé whisky boliviano) et des sortes de cigarettes légères sans filtres. On a quasiment tout offert aux mineurs. Sauf une dynamite qu'on a fait sauter juste pour voir comment ça fonctionne !
En arrivant à l'entrée, tous les mineurs étaient dehors. On pensait qu'ils se préparaient (on nous a expliqué qu'ils doivent chiquer la coca pendant une heure avant de descendre) mais finalement on comprend que c'est jour de réunion pour l'anniversaire de la coopérative. Les filles se font siffler évidemment, par ces miñeros toujours avides de Gringas. Et comme d'un fait exprès notre agence s'appelle GREENGO TOUR et a eu la bonne idée de l'inscrire en gros sur nos vestes.

Du coup on se retrouve seuls (avec notre guide) à descendre dans les entrailles de cette montagne. Il fait froid à l'entrée, l'eau au sol est gelée. Puis on descend, sous les coulées d'arsenic (dues à la dynamite) et de temps en temps du cyanure... Je me cogne la tête tous les 3 mètres, il faut dire qu'ici je suis une géante avec mon mètre 65.
Une fois bien descendus à environ 150 m sous le sol, nous nous arrêtons pour laisser des boissons aux mineurs qui ne sont pas sur les lieux mais qui vont revenir d'une minute à l'autre pour travailler.
Un peu plus loin on voit les hommes redescendus, occupés à remplir des wagonnets à coups de pelles. On leur offre presque tout ce qu'il nous reste de nos achats. Ils sont heureux. Puis le chef du groupe qu'on a rencontré nous emmène vers le Tio. El Tio c'est le dieu de la montagne, celui que les mineurs prient depuis des siècles, depuis que les conquistadores les ont menacés en disant que s'ils ne travaillaient pas plus que ça, el Dio (Dieu mais en quechua il n'y a pas de D alors c'est devenu Tio - qui veut aussi dire oncle en castillan) les avalerait vivants. Depuis ils prient, lui offrent de la coca, des cigarettes - qu'il fume, de l'alcool... A chaque fois qu'ils boivent un coup ils versent quelques gouttes pour la Pachamama, puis pour el Tio, puis pour les minéraux, puis pour ceux qui leurs sont chers et enfin ils peuvent boire...
On fait des offrandes au Tio, on ne voudrait pas qu'il nous punissent ! Puis David, notre guide nous explique comment lui s'est cassé le bras quand il travaillait en 2006, à l'époque où le Zinc valait beaucoup plus qu'aujourd'hui ; il n'y a pas que le Tio à craindre dans les entrailles de la terre mais aussi les autres mineurs. Apparemment, s'il dénichent un bon endroit riche en Zinc ou Argent, mieux vaut ne pas le crier trop fort aux autres groupes. Car il arrive fréquemment qu'un ou deux mineurs passe par dessus le rebord du trou de l'ascenseur qui descend jusqu'à 450 m. Et si la police s'en mêle, tout le mode se met d'accord pour raconter un accident de dynamite ou de charriot...

Je pourrais encore raconter des tas d'anecdotes qu'on nous a relatées aujourd'hui mais je vais en garder un peu pour moi... Je me suis retrouvée dans un autre monde proche de Germinal, monde qui en a bouleversé plus d'un, dont le célèbre Ernesto Guevarra.
Ce soir je vais aller me coucher bien au chaud en pensant au mineurs de Cerro Rico qui fonctionne 24h/24. Parmi eux on compte plus de 800 enfants.

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